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Jusqu'à la prochaine vague de chaleur (Partie 1)

  • il y a 1 jour
  • 7 min de lecture


Cet article est le premier de la série d’août de GBCE consacrée aux vagues de chaleur et à l’environnement bâti. Au cours des prochaines semaines, nous analyserons comment la chaleur extrême transforme les villes, les bâtiments, les infrastructures et la santé publique, ainsi que les implications pour les promoteurs, les propriétaires d’actifs, les décideurs publics et les investisseurs.


Aperçu de la série


Partie 1 : Jusqu’à la prochaine vague de chaleur

Partie 2 : Nos villes peuvent-elles survivre à la prochaine vague de chaleur ?

Partie 3.1 : Vagues de chaleur et bâtiments résidentiels : protéger les logements et leurs occupants

Partie 3.2 : Vagues de chaleur et hôpitaux : concevoir pour assurer la continuité des soins dans des conditions de chaleur extrême


Un bâtiment conçu à partir des données climatiques des années 1990 sera peut-être encore en service dans les années 2060. Autrement dit, de nombreux actifs sont aujourd’hui conçus pour un climat qui n’existe déjà plus.


La chaleur extrême n’est plus simplement un phénomène météorologique estival. Elle devient un risque systémique qui affecte la santé publique, la productivité du travail, les infrastructures énergétiques, les systèmes d’approvisionnement en eau et les performances du secteur du bâtiment.


En juillet 2025, plusieurs régions du sud de l’Europe ont enregistré des températures dépassant 45 °C, tandis que plusieurs villes ont connu des températures nocturnes supérieures à 30 °C. Ces conditions augmentent fortement le risque de maladies liées à la chaleur, car le corps humain ne peut plus récupérer efficacement après le coucher du soleil. Des tendances similaires apparaissent en Inde, en Thaïlande et en Chine, où les vagues de chaleur arrivent plus tôt dans l’année et durent plus longtemps que les moyennes historiques.


L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, prolongeant une décennie de températures sans précédent. Les climatologues s’attendent désormais à ce que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses à mesure que la température moyenne de la planète augmente.Source : OMM, State of the Global Climate 2024


Qu’est-ce qui a changé ?

Le principal changement ne réside pas seulement dans l’augmentation des températures moyennes. C’est toute la distribution statistique des épisodes de chaleur extrême qui est en train de se déplacer.


Le GIEC conclut que les épisodes de chaleur qui ne se produisaient autrefois qu’une fois tous les cinquante ans deviennent déjà beaucoup plus fréquents dans de nombreuses régions en raison du changement climatique d’origine humaine. Concrètement, cela signifie que les infrastructures, les bâtiments et les systèmes de santé publique conçus à partir de données climatiques historiques fonctionnent de plus en plus en dehors des conditions pour lesquelles ils avaient été planifiés.

Source : GIEC, Sixième Rapport d’évaluation


Les nuits chaudes revêtent une importance particulière. Lorsque les températures restent élevées après le coucher du soleil, les mécanismes naturels de refroidissement du corps deviennent moins efficaces, augmentant le stress cardiovasculaire et le risque de mortalité.


Un coût humain déjà mesurable

La conséquence la plus importante de la chaleur extrême est son impact sur les populations.

Une étude publiée dans Nature Medicine estime que la vague de chaleur européenne de 2022 a été associée à plus de 61 000 décès liés à la chaleur dans 35 pays. La mortalité a été particulièrement élevée chez les personnes âgées, avec un risque fortement accru lors des périodes de chaleur nocturne persistante.

Source : Nature Medicine, Heat-related mortality in Europe


Dans de nombreuses villes, les températures intérieures peuvent rester dangereusement élevées pendant plusieurs jours dans les bâtiments mal isolés, insuffisamment protégés du soleil, mal ventilés ou dotés de toitures et de façades qui accumulent la chaleur. C’est pourquoi la résilience face à la chaleur n’est pas seulement une question environnementale : c’est avant tout un enjeu majeur de santé publique.


Cette charge est également très inégalement répartie. Les ménages à faibles revenus vivent plus souvent dans des bâtiments peu performants et disposent d’un accès limité à la climatisation. Ils sont également davantage exposés au travail en extérieur.


La chaleur devient une contrainte économique

La chaleur extrême affecte de plus en plus la productivité économique.

L’Organisation internationale du Travail estime que le stress thermique pourrait entraîner la perte de plus de 2 % du volume total d’heures travaillées dans le monde d’ici 2030, soit l’équivalent de plusieurs dizaines de millions d’emplois à temps plein. Les secteurs de la construction, de la logistique, de l’agriculture et de l’industrie manufacturière figurent parmi les plus exposés.

Source : OIT, Working on a Warmer Planet


En Asie du Sud-Est, cette problématique est aggravée par l’humidité. Une humidité élevée réduit la capacité du corps à se refroidir par évaporation de la transpiration. Les travailleurs peuvent ainsi atteindre des niveaux dangereux de stress thermique même lorsque les températures de l’air restent inférieures à celles observées dans les climats plus secs.


Cela a des conséquences directes sur la planification des chantiers, la sécurité des travailleurs, les assurances et les coûts de main-d’œuvre.


Pourquoi les villes sont-elles plus chaudes que leur environnement ?

Les zones urbaines amplifient la chaleur par le phénomène d’îlot de chaleur urbain.

Les constructions denses, les surfaces asphaltées, les toitures sombres et le manque de végétation absorbent le rayonnement solaire pendant la journée puis restituent lentement cette chaleur pendant la nuit. Les températures de surface de l’asphalte exposé peuvent dépasser 60 °C en plein soleil, et certains quartiers urbains restent plusieurs degrés plus chauds que les zones rurales voisines après le coucher du soleil.


L’étude publiée par la Banque mondiale en 2025 sur Bangkok met en évidence d’importantes différences de température entre les quartiers fortement urbanisés et les secteurs plus végétalisés, soulignant le rôle essentiel des arbres, de l’ombrage et de la conception urbaine dans la réduction de l’exposition à la chaleur.

Source : Banque mondiale, Shaping a Cooler Bangkok

Il ne s’agit pas seulement d’une question de confort. Des températures urbaines plus élevées augmentent les besoins en climatisation, dégradent la qualité de l’air et accentuent les risques sanitaires pour les personnes qui se déplacent à pied, à vélo ou en transports publics.


Des infrastructures qui n’ont pas été conçues pour ces conditions


La chaleur affecte les infrastructures de nombreuses façons souvent sous-estimées. La demande d’électricité augmente fortement en raison de l’usage de la climatisation. Les transformateurs électriques perdent en efficacité lorsque les températures sont élevées. Les réseaux ferroviaires peuvent être contraints de réduire leur vitesse ou faire face à des risques de déformation. Les opérations aéroportuaires peuvent nécessiter des adaptations lors des épisodes de chaleur extrême. La demande en eau augmente alors même que certaines régions subissent un stress hydrique croissant.


L’Agence internationale de l’énergie prévoit que le refroidissement des bâtiments deviendra l’une des sources de croissance les plus rapides de la demande mondiale d’électricité, avec les plus fortes hausses attendues dans les économies émergentes. Sans amélioration majeure de l’efficacité énergétique des bâtiments, cette évolution exercera une pression considérable sur les réseaux électriques lors des pics de consommation.

Source : AIE, The Future of Cooling


Les bâtiments sont à la fois vulnérables et responsables

Les bâtiments sont les lieux où la plupart des personnes subissent les effets de la chaleur, mais ils constituent également un moteur majeur de la consommation d’énergie nécessaire pour y faire face.


Selon le Global Status Report for Buildings and Construction 2024-2025, le secteur du bâtiment et de la construction représente environ 32 % de la demande mondiale d’énergie et 34 % des émissions mondiales de carbone liées à l’énergie. La hausse des températures devrait accroître fortement les besoins en climatisation, notamment dans les économies en forte urbanisation.Source : PNUE & GlobalABC, Global Status Report for Buildings and Construction 2024-2025


Il en résulte un cercle vicieux : des villes plus chaudes nécessitent davantage de climatisation, ce qui augmente la demande d’électricité. Si la production d’électricité n’est pas rapidement décarbonée, cette hausse entraîne à son tour davantage d’émissions.


Un risque pour le secteur du bâtiment, et non un scénario futur


Pour les promoteurs et les investisseurs, la chaleur extrême devient un risque matériel pour les actifs immobiliers.

Canal de risque

Conséquence potentielle

Coûts d’exploitation

Hausse de la consommation d’énergie pour le refroidissement

Dépenses d’investissement

Remplacement plus précoce des équipements CVC

Santé humaine

Augmentation des risques sanitaires liés à la chaleur

Performance des occupants

Baisse du confort et de la productivité

Assurance et finance

Renforcement de l’analyse du risque climatique par les assureurs et les prêteurs

Valeur des actifs

Risque d’obsolescence des bâtiments mal adaptés

Un bâtiment livré aujourd’hui sera probablement encore en exploitation dans les années 2050 et 2060. Le concevoir uniquement sur la base des conditions climatiques historiques revient à verrouiller plusieurs décennies de coûts d’exploitation plus élevés et de futurs travaux de rénovation.



La question n’est plus de savoir s’il faut s’adapter

Les données disponibles montrent que la chaleur extrême doit désormais être considérée comme une condition normale de conception et non comme un événement exceptionnel.

Le défi ne consiste pas simplement à installer davantage de systèmes de climatisation. Le refroidissement mécanique restera indispensable, mais s’y appuyer exclusivement augmente la demande d’électricité, exerce une pression sur les infrastructures et ne réduit que très peu l’exposition à la chaleur à l’extérieur.


La question essentielle est donc de savoir comment limiter les gains de chaleur avant même qu’il soit nécessaire de refroidir les bâtiments : grâce à une bonne orientation, des protections solaires extérieures, des enveloppes performantes, davantage de végétation urbaine, des matériaux réfléchissants, une gestion durable de l’eau et des stratégies de refroidissement à l’échelle des quartiers.


C’est précisément l’objet de la Partie 2 : Nos villes peuvent-elles survivre à la prochaine vague de chaleur ?, qui explorera les approches d’ingénierie et de conception urbaine permettant de créer des bâtiments plus sains, plus sobres en énergie et plus résilients dans un climat qui se réchauffe.


Continuer la série

Partie 1 – Jusqu’à la prochaine vague de chaleur

Partie 2 – Nos villes peuvent-elles survivre à la prochaine vague de chaleur ?

Partie 3.1 – Vagues de chaleur et bâtiments résidentiels : protéger les logements et leurs occupants

Partie 3.2 – Vagues de chaleur et hôpitaux : concevoir pour assurer la continuité des soins dans des conditions de chaleur extrême


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