La nouvelle réalité climatique de l’hôtellerie : risques d’inondation, carbone et attentes du marché
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Plus tôt cette année, à Bangkok, un public de professionnels du secteur a assisté à la projection d’une slide montrant les conséquences de 300 mm de pluie en 24 heures sur un quartier hôtelier, et la salle est devenue silencieuse. Cette prise de conscience, celle du risque d’inondation comme risque financier, se diffuse désormais dans tout le secteur hôtelier thaïlandais, les banques, les assureurs et les autorités réglementaires réagissant tour à tour.
Mais les inondations ne représentent que la moitié de l’équation climatique pour les hôtels et les resorts. L’autre moitié est le carbone, et celui-ci arrive par une tout autre voie. Non pas à travers les renouvellements d’assurance ou les clauses des contrats de financement, mais par les clients, les plateformes de réservation et les services de voyages d’affaires. Pour les propriétaires, exploitants et promoteurs, c’est une conversation climatique que le secteur de l’hôtellerie n’a pas encore pleinement engagée, et elle évolue rapidement.
Pourquoi l’hôtellerie présente un profil carbone différent
Le tourisme est l’un des secteurs économiques les plus importants de la Thaïlande. Il contribue à environ 12 % du PIB et soutient plus de 4,4 millions d’emplois (Thai Times). Les hôtels et resorts sont au cœur de cette activité, mais ils comptent également parmi les actifs les plus énergivores du secteur du bâtiment.
Le secteur hôtelier représente environ 1 % des émissions mondiales de carbone, principalement en raison du chauffage, de la ventilation et de la climatisation (HVAC), de la réfrigération et du chauffage des piscines. En Thaïlande, la climatisation et le chauffage de l’eau représentent déjà environ 60 à 70 % de la consommation énergétique totale des grands bâtiments tels que les hôtels (PAC). Une grande partie de cette consommation est intrinsèquement liée à l’expérience hôtelière : les halls ouverts, les espaces autour des piscines et les restaurants sont conçus pour offrir du confort, ce qui, dans un climat tropical, signifie que les systèmes de refroidissement mécanique fonctionnent rarement à l’arrêt. Chaque degré supplémentaire de température extérieure fait augmenter cette consommation de base.
Le marché évalue déjà cette performance
Ce qui distingue le carbone du risque d’inondation, c’est l’identité de ceux qui posent les questions. Le Sustainable Travel Report 2025 de Booking.com révèle que 84 % des voyageurs dans le monde souhaitent voyager de manière plus durable (Bangkok Post). Le badge Travel Sustainable de la plateforme intègre désormais directement cette préférence dans les résultats de recherche et les filtres, en reconnaissant les établissements certifiés selon des systèmes accrédités par le GSTC, ainsi que Green Key, LEED et d’autres standards reconnus.
Parallèlement, les programmes de voyages d’affaires constituent un deuxième point de pression, plus discret. Dans le cadre de réglementations telles que la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) de l’Union européenne, les séjours hôteliers entrent dans les émissions de Scope 3 que les grandes entreprises doivent désormais mesurer et déclarer. Les équipes achats commencent donc à demander directement aux hôtels leurs données énergétiques et carbone comme condition pour intégrer leur panel de fournisseurs privilégiés.
Derrière ces deux dynamiques se trouve un objectif précis. La World Sustainable Hospitality Alliance estime que les hôtels doivent réduire leurs émissions de carbone de 66 % par chambre d’ici 2030, puis de 90 % par chambre d’ici 2050, afin de rester alignés sur la trajectoire de l’Accord de Paris (World Sustainable Hospitality Alliance). C’est le chiffre à partir duquel les marques et les plateformes de réservation travaillent désormais à rebours.
Ce que fait déjà le secteur
Sur le plan du financement, le programme « Green Solutions for Hotels » de la Bank of Thailand réunit désormais neuf banques commerciales proposant des produits adaptés aux opérateurs hôteliers. L’offre de Bangkok Bank cible notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre, par exemple en remplaçant les chaudières par des pompes à chaleur, ainsi que des mesures de gestion des déchets. Krungthai Bank propose quant à elle des financements pouvant atteindre 1,25 fois la valeur estimée du bien, avec des durées de remboursement allant jusqu’à 12 ans et des taux qui s’améliorent à mesure que l’établissement progresse dans ses investissements, la mesure de son empreinte carbone et sa certification (Bangkok Post).
Les groupes internationaux montrent déjà ce qui est possible. Radisson Hotel Group a réduit de 35 % son empreinte carbone de Scope 1 et 2 par mètre carré depuis 2019, avec pour objectif à court terme de réduire de 46,2 % ses émissions absolues de Scope 1 et 2 d’ici 2030. Le groupe s’est également associé au World Travel and Tourism Council dans le cadre du programme Hotel Sustainability Basics, destiné à aider les établissements à définir et suivre leurs réductions d’émissions (Energy Magazine).
Du côté de la conception, les principaux systèmes de certification des bâtiments durables, notamment LEED, EDGE et TREES en Thaïlande, reconnaissent tous les stratégies permettant de réduire les gains solaires et la demande de refroidissement. La certification TREES, par exemple, valorise l’utilisation de vitrages à faible coefficient de transmission d’énergie solaire (SHGC) combinés à des dispositifs de protection solaire et à la ventilation traversante. Ces mesures réduisent les besoins de refroidissement tout en contribuant à l’obtention de points de certification. De même, EDGE et LEED attribuent des crédits aux approches de conception qui améliorent la performance énergétique en limitant les gains solaires et en réduisant la consommation énergétique globale du bâtiment (Adasia Consulting). (EDGE Buildings).
Du côté de l’approvisionnement énergétique, le nouveau code électrique thaïlandais de 2025 pour le solaire en toiture et les systèmes de stockage d’énergie par batteries offre aux hôtels et resorts un cadre réglementaire plus clair pour intégrer de la production d’énergie sur site. Cette solution devient de plus en plus courante dans les plans directeurs de resorts, alors que le coût des panneaux et des batteries continue de diminuer (Bangkok Post).
Que peut-on faire à l’échelle d’un établissement ?
La stratégie d’enveloppe et de protection solaire pour les chambres et les espaces de réception reste le premier levier, comme pour tout type de bâtiment. Mais dans l’hôtellerie, les bénéfices se multiplient sur des centaines de chambres dont la climatisation fonctionne pratiquement 24 heures sur 24.
La conception passive des espaces extérieurs et semi-extérieurs, notamment les halls, restaurants, spas et abords des piscines, est l’un des principaux éléments qui distinguent l’hôtellerie des autres catégories d’actifs. De larges débords de toiture, la couverture végétale, la ventilation traversante et les toitures végétalisées permettent de maintenir ces espaces confortables et utilisables sans dépendre entièrement des systèmes mécaniques.
Les énergies renouvelables produites sur site, notamment le solaire en toiture associé au stockage par batteries conformément au code thaïlandais actualisé de 2025, offrent un moyen direct de compenser l’intensité énergétique liée à la climatisation 24 heures sur 24.
Le suivi de la consommation énergétique et des émissions carbone, à l’aide de référentiels tels que le Hotel Carbon Measurement Initiative, fournit aux propriétaires un indicateur concret à piloter et, de plus en plus, une donnée que les plateformes de durabilité des marques, les prêteurs et les acheteurs de voyages d’affaires demanderont directement.
Les certifications de bâtiments durables et de performance environnementale, locales comme internationales, permettent de regrouper ces différentes stratégies tout en facilitant l’accès au badge Travel Sustainable de Booking.com et, dans certains cas, à des opportunités de financement vert.
Où allons-nous ?
La résilience face aux inondations et la décarbonation représentent deux fronts d’une même conversation climatique pour le secteur hôtelier, et le secteur thaïlandais commence désormais à s’engager sur les deux. Le financement réagit au risque d’inondation. La réglementation rattrape progressivement les enjeux d’adaptation. Mais le carbone est le domaine où la pression vient d’abord de la demande, des 84 % de voyageurs qui indiquent aux plateformes de réservation vouloir voyager de manière plus durable, mais aussi des clients corporate qui auront bientôt besoin de ces données, que les établissements soient prêts ou non à les fournir.
Les hôtels et resorts capables de présenter à la fois un plan de résilience face aux inondations et une réduction mesurable de leurs émissions de carbone par chambre seront ceux que les financeurs, les organismes de certification et les plateformes de réservation privilégieront. Ceux qui ne peuvent démontrer qu’un seul de ces deux éléments prennent déjà du retard sur l’autre.
Le point de départ, dans les deux cas, est de connaître sa situation actuelle.
Réalisez une évaluation de l’empreinte carbone de votre établissement afin d’établir votre référence et d’identifier les leviers permettant d’obtenir les réductions les plus importantes.
SOURCES
Bangkok Post, “Nudging Hotels to Join the Green Transition,” May 2026. Read article
World Sustainable Hospitality Alliance, “Global Hotel Decarbonisation Report.” Read report
Thai Times, “Thailand’s Tourism Industry Drives 12% of GDP, Focuses on Sustainable Growth and Authentic Experiences.” Read article
PAC, “2026 Insights: Why Modern Hotels and Hospitals Must Accelerate Their Transition to Green Buildings.” Read article
Energy Magazine, “Decarbonising Hospitality: Inside Radisson’s Net Zero Goals.” Read article
Adasia Consulting, “Designing for 2026 Thailand: Seismic Resilience, Tropical Performance, and Green Certification.” Read article
Bangkok Post, “The 2026 Rooftop Solar Buyer’s Guide: What Thai Homeowners Should Look For,” February 2026. Read article














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