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Taxonomie thaïlandaise et l’avenir des bâtiments verts

  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Le système financier thaïlandais entre dans une nouvelle phase. Avec le lancement de la Taxonomie thaïlandaise, le pays met en place un cadre scientifique visant à définir quelles activités économiques sont considérées comme durables sur le plan environnemental. Pour le secteur du bâtiment, il ne s’agit pas d’un simple exercice de reporting, mais d’un changement structurel qui influencera les standards de conception, l’accès au financement et la valeur des actifs.


La Taxonomie thaïlandaise entre actuellement en Phase 2, élargissant son périmètre au-delà de l’énergie et des transports pour couvrir des secteurs supplémentaires, y compris des activités pertinentes pour le secteur du bâtiment. Il s’agit d’une étape essentielle pour aligner la finance durable sur les standards de performance des bâtiments.


Alors que la finance durable se développe à travers l’Asie, comprendre la Taxonomie thaïlandaise devient indispensable pour les promoteurs, ingénieurs, propriétaires d’actifs et institutions financières actifs dans les bâtiments verts.


Qu’est-ce que la Taxonomie thaïlandaise ?

La Taxonomie thaïlandaise est développée par la Bank of Thailand en collaboration avec le Thailand Development Research Institute et d’autres agences publiques. Elle fournit un système de classification déterminant quelles activités sont alignées avec les objectifs climatiques de la Thaïlande.


Ce cadre soutient l’engagement du pays vers la neutralité carbone d’ici 2050 et la neutralité nette des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2065. Il vise à orienter les capitaux vers des activités bas carbone et à réduire le greenwashing dans la finance durable.


Pour le secteur du bâtiment, l’alignement avec la taxonomie devient progressivement une condition préalable à l’accès aux prêts verts, aux financements liés à la performance durable et aux obligations de divulgation ESG.


Pourquoi c’est déterminant pour les bâtiments verts

Le secteur du bâtiment est au cœur de la transition énergétique et climatique de la Thaïlande, ce qui explique pourquoi la performance énergétique et carbone devient un critère central.

  • Les bâtiments représentent environ 25 % de la consommation totale d’électricité en Thaïlande.

  • Les engagements nationaux vers la neutralité carbone et le net zéro exercent une pression durable sur la performance énergétique des actifs neufs et existants.

  • À l’échelle mondiale, les bâtiments sont responsables d’environ 37 % des émissions de CO₂ liées à l’énergie.

  • Les bâtiments verts performants réduisent généralement leur consommation énergétique opérationnelle de 20 à 30 % par rapport aux bâtiments conventionnels.


Ces dynamiques expliquent pourquoi la performance énergétique et carbone influence désormais la réglementation, le financement et la valorisation des actifs immobiliers.


Dans ce contexte, la Taxonomie thaïlandaise introduit des critères techniques de sélection permettant de déterminer si une activité liée au bâtiment peut être considérée comme durable. Ces critères portent notamment sur :

  • Des seuils de performance énergétique

  • Des indicateurs d’intensité carbone

  • L’efficacité des ressources

  • La résilience climatique


En pratique :

  • Tous les bâtiments certifiés « verts » ne sont pas automatiquement conformes à la taxonomie.

  • L’alignement repose sur la démonstration de performances mesurables au niveau de l’actif, appuyées par une documentation vérifiable.


1. La finance verte devient fondée sur la performance

En Thaïlande, la finance verte évolue clairement d’une logique d’intention vers une logique de résultats mesurables.


Les décisions de financement sont désormais basées sur :

  • L’amélioration mesurée de la performance énergétique par rapport à une référence définie

  • La réduction de l’intensité des émissions de gaz à effet de serre au niveau de l’actif

  • Le respect des seuils techniques applicables (construction neuve, rénovation, exploitation)

  • Des données vérifiables adaptées à l’analyse des prêteurs et investisseurs

  • Une évaluation au niveau de l’actif, et non sur des moyennes de portefeuille


Pour les rénovations, une amélioration significative est généralement attendue, souvent autour de 30 % ou plus de réduction de la consommation d’énergie ou de l’intensité carbone par rapport à une situation initiale clairement définie.


Pour les bâtiments neufs, il s’agit de démontrer un alignement immédiat avec des trajectoires bas carbone, afin d’éviter l’enfermement dans des performances inefficaces sur la durée de vie de l’actif.


2. Les indicateurs énergie et carbone redéfinissent la qualité des actifs

Deux indicateurs deviennent centraux :

  • L’Energy Use Intensity (EUI) (kWh/m²/an)

  • L’intensité carbone opérationnelle (tCO₂e/m²/an)


Ces métriques sont désormais déterminantes pour :

  • L’éligibilité aux financements durables

  • L’évaluation des risques et la valorisation des actifs

  • La conformité réglementaire et la planification de transition


L’efficacité énergétique et l’intensité carbone ne sont plus des attributs environnementaux secondaires : elles deviennent des indicateurs de risque financier et de résilience à long terme.


3. Accélération des rénovations profondes

Les bâtiments existants dominent la demande énergétique actuelle, rendant les rénovations indispensables.


La taxonomie privilégie les rénovations générant des gains substantiels :

  • Réduction d’au moins 30 % pour les bâtiments de moins de 10 000 m²

  • Réduction d’au moins 20 % pour les bâtiments de 10 000 m² ou plus

  • Réalisation obligatoire d’une analyse carbone sur l’ensemble du cycle de vie (Whole Life Carbon Assessment – WLCA)


Cela stimule la demande pour :

  • Des rénovations globales et intégrées

  • L’amélioration de l’enveloppe

  • Le remplacement et l’optimisation des systèmes CVC

  • Les systèmes de gestion énergétique

  • L’intégration d’énergies renouvelables lorsque pertinent


4. Les bâtiments neufs doivent être bas carbone dès la conception

Deux voies d’alignement sont prévues :

  1. Démontrer l’alignement avec la trajectoire nationale de décarbonation du secteur bâtiment.

  2. Se conformer à des systèmes de certification reconnus, sous réserve de conditions techniques spécifiques.

Dans tous les cas, une WLCA est requise.


5. Rôle des certifications environnementales

L’alignement peut être obtenu via des certifications reconnues telles que :

  • TREES

  • LEED

  • EDGE


Des niveaux minimaux sont requis :

  • Niveau Gold pour TREES et LEED avec une amélioration d’au moins 30 % par rapport à ASHRAE 90.1

  • Niveau Advanced ou Net Zero pour EDGE, sans recours aux compensations carbone

Même dans ce cas, la WLCA et la publication des données de performance restent obligatoires.


6. Les bâtiments doivent démontrer leur résilience climatique

Dans un contexte fortement exposé comme la Thaïlande, la résilience devient une exigence mesurable.

Les bâtiments doivent :

  • Identifier les risques climatiques physiques à partir de scénarios prospectifs

  • Quantifier l’exposition et les impacts potentiels

  • Mettre en œuvre des mesures d’adaptation mesurables


Pour les nouveaux bâtiments :

  • Protection contre les inondations (événement centennal, surélévation des systèmes critiques)

  • Réduction de la demande de refroidissement en période de chaleur extrême

  • Gestion des eaux pluviales et réduction de la demande en eau potable


Pour les bâtiments existants :

  • Réduction mesurable du risque d’inondation

  • Améliorations énergétiques réduisant de 10 à 30 % la demande de refroidissement

  • Continuité opérationnelle (alimentation de secours 24–72 h)


Les actifs ne répondant pas à ces exigences peuvent faire face à des primes d’assurance plus élevées, à des conditions de prêt plus strictes ou à une exclusion de la finance durable.


Considérations stratégiques

Pour rester compétitifs :

  • Réaliser une analyse d’écart par rapport à la taxonomie

  • Aligner les objectifs de conception sur des seuils d’intensité énergétique

  • Documenter rigoureusement la performance carbone

  • Impliquer les financeurs dès la structuration des projets


La stratégie de bâtiment vert est désormais directement liée à l’accès au capital.


Conclusion

La Taxonomie thaïlandaise marque un tournant pour les bâtiments durables. Elle transforme la durabilité d’un attribut marketing en critère financier et réglementaire.


Pour les promoteurs, consultants et propriétaires d’actifs, la question n’est plus de savoir s’il faut construire vert, mais si le projet peut démontrer un alignement mesurable avec la taxonomie.


Dans les années à venir, les bâtiments conformes à la taxonomie bénéficieront probablement de meilleures conditions de financement, d’une confiance accrue des investisseurs et d’une résilience accrue de leur valeur à long terme.



Sources

  1. Bank of Thailand, Thailand Taxonomy Framework

  2. Thailand Development Research Institute, Sustainable Finance Research

  3. International Energy Agency, Buildings Sector Energy Data

  4. United Nations Environment Programme, Global Status Report for Buildings and Construction

Climate Bonds Initiative, Green Finance Standards


 
 
 

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