La loi thaïlandaise sur le changement climatique pourrait transformer le secteur du bâtiment
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Alors que la Thaïlande passe de l’approbation de sa première législation globale sur le climat à la mise en place du cadre nécessaire à son application, les implications pour les entreprises et le secteur du bâtiment deviennent de plus en plus concrètes.
Le 2 décembre 2025, le Cabinet thaïlandais a approuvé, en principe, la première loi globale du pays sur le changement climatique, un texte de 205 articles qui établit les bases juridiques de la gouvernance climatique nationale.
La politique climatique est souvent envisagée sous l’angle de la protection de l’environnement. Elle devient toutefois de plus en plus un enjeu économique, d’investissement et d’entreprise.
La loi thaïlandaise sur le changement climatique soutient l’objectif à long terme du pays d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2065, mais ses implications vont bien au-delà de la réduction des émissions. Elle établit un cadre national de gouvernance climatique, introduit des mécanismes de gestion des risques climatiques et pose les bases de futurs investissements dans l’atténuation comme dans l’adaptation.
Le projet de loi introduit quatre mécanismes majeurs : la création d’un comité national chargé de fixer les objectifs thaïlandais de réduction nette des émissions de gaz à effet de serre, un cadre de gestion des risques climatiques destiné à soutenir les efforts d’adaptation, des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre visant à respecter les engagements internationaux et à renforcer la compétitivité commerciale, ainsi qu’un fonds climatique destiné à soutenir les investissements dans les projets de réduction des émissions et à financer la transition de la Thaïlande vers une économie et une société bas carbone.
Pour le secteur du bâtiment, chacun de ces mécanismes se traduit par des domaines de responsabilité et d’impact potentiels spécifiques, allant de l’évaluation des risques climatiques et du reporting des émissions de gaz à effet de serre à la réduction des émissions, à la tarification du carbone et à l’accès au financement climatique.
1. Gouvernance climatique nationale et objectifs de neutralité carbone de la Thaïlande
La loi sur le changement climatique crée le premier cadre juridique global de la Thaïlande spécifiquement consacré au changement climatique.
Parmi ses principales dispositions figurent la création d’un Comité national de politique sur le changement climatique chargé de définir la stratégie à long terme, la mise en place d’un cadre national pour la gestion des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation au changement climatique, ainsi que la création d’un Fonds climatique destiné à financer des projets liés au climat. La législation fournit également la base juridique nécessaire à de futurs mécanismes de tarification du carbone, notamment les systèmes d’échange de quotas d’émission et les taxes carbone, tout en encourageant une participation accrue des secteurs public et privé.
Pour le secteur du bâtiment, l’importance de cette loi ne réside pas uniquement dans l’établissement d’un objectif de neutralité carbone par la Thaïlande. Elle crée un cadre dans lequel les émissions de gaz à effet de serre pourront progressivement être mesurées, gérées, déclarées et, à terme, soumises à des mécanismes économiques.
Les bâtiments représentent une part importante de la consommation d’énergie tout au long de leur durée d’exploitation, tandis que les décisions prises lors de la conception et de la construction déterminent également le carbone incorporé d’un projet et sa capacité future à s’adapter à l’évolution des exigences.
À mesure que le cadre national se développe, les promoteurs, propriétaires d’actifs et exploitants de bâtiments auront donc besoin de données plus fiables sur la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre de leurs actifs, notamment lorsque de futures réglementations soumettront certaines entités ou activités à des obligations spécifiques de reporting ou de gestion du carbone.
Cela influencera la manière dont les projets sont évalués dès la phase de conception, dont les bâtiments existants sont gérés et rénovés, ainsi que la manière dont les investisseurs évaluent l’exposition à long terme des actifs immobiliers au risque carbone. Pris dans leur ensemble, ces mécanismes témoignent d’une évolution importante : l’action climatique passe progressivement d’initiatives volontaires à un cadre de politique publique plus structuré, intégrant les enjeux climatiques dans la planification économique, le développement des infrastructures et les décisions d’investissement.
Pour les entreprises, cela apporte davantage de visibilité sur les orientations réglementaires, mais renforce également la nécessité de comprendre l’origine de leurs émissions, la manière dont elles seront mesurées et les éventuelles conséquences réglementaires ou financières futures.
2. Gestion des risques climatiques et adaptation
Le changement climatique est souvent abordé sous l’angle des émissions, mais les risques climatiques physiques constituent également un enjeu important.
La Thaïlande est déjà exposée à des risques liés aux fortes chaleurs, aux inondations, aux sécheresses, à l’érosion côtière et à la disponibilité de l’eau. Ces aléas peuvent avoir des implications pour les bâtiments, les infrastructures et les communautés.
Pour le secteur du bâtiment, la résilience climatique s’inscrit de plus en plus dans le cadre plus large de l’adaptation au changement climatique. Le projet de loi sur le changement climatique donnerait à l’adaptation climatique une place formelle dans le cadre de planification nationale de la Thaïlande.
Le projet de loi établit un cadre pour la gestion et l’adaptation aux risques climatiques, notamment au moyen d’évaluations des risques et des impacts climatiques destinées à soutenir la planification de l’adaptation aux niveaux national, provincial et local.
Pour les promoteurs et les propriétaires d’actifs, les risques climatiques physiques tels que les inondations, les fortes chaleurs et la disponibilité de l’eau peuvent affecter les bâtiments et leurs sites.
L’évaluation de ces risques peut contribuer à éclairer les décisions relatives au choix du site, à la conception, à la rénovation et à l’exploitation des bâtiments.
3. Mesures de réduction des émissions, reporting et tarification du carbone
Le troisième mécanisme majeur concerne la réduction et la gestion des émissions de gaz à effet de serre, notamment à travers des mesures destinées à soutenir les engagements climatiques internationaux de la Thaïlande et à renforcer sa compétitivité commerciale. Pour les bâtiments, c’est là que la politique climatique peut devenir particulièrement concrète.
La législation fournit la base juridique nécessaire à de futurs mécanismes de tarification du carbone, notamment les systèmes d’échange de quotas d’émission et les taxes carbone.
Pour le secteur du bâtiment, deux domaines sont particulièrement importants à surveiller : les obligations de reporting des émissions de gaz à effet de serre et l’exposition future à la tarification du carbone.
À mesure que ces mécanismes seront développés, disposer de données fiables sur les émissions de gaz à effet de serre deviendra de plus en plus important pour mesurer les émissions, respecter les obligations de reporting applicables et comprendre les éventuels coûts futurs liés au carbone. Pour les actifs existants, il devient également important de comprendre les émissions actuelles et d’identifier les possibilités de les réduire progressivement, afin que les propriétaires puissent planifier une trajectoire d’exploitation bas carbone.
La loi reconnaît également les crédits carbone nationaux comme des actifs légaux et négociables, ouvrant potentiellement une source de revenus pour les bâtiments qui investissent dans la production d’énergie renouvelable sur site ou dans des améliorations d’efficacité énergétique.
Cela modifie progressivement le modèle économique lié à la performance des bâtiments. L’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la réduction du carbone incorporé et les matériaux bas carbone ne sont plus uniquement des considérations de durabilité. Ils peuvent également avoir une incidence croissante sur les coûts d’exploitation, l’exposition réglementaire et la valeur à long terme des actifs.
4. Fonds climatique et financement de la transition bas carbone
Le quatrième mécanisme est la création d’un Fonds climatique destiné à soutenir les investissements dans des projets de réduction des émissions et à contribuer au financement de la transition de la Thaïlande vers une économie et une société bas carbone.
Le projet de loi prévoit également une Taxonomie destinée à classer les activités économiques en fonction de leur contribution climatique et environnementale, créant ainsi un cadre de référence pour le financement et l’investissement liés au climat.
Pour le secteur du bâtiment, l’accès au financement lié au climat pourrait devenir un levier important de la transition, notamment lorsque les projets nécessitent des investissements initiaux dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les technologies bas carbone, les mesures de résilience ou d’autres améliorations permettant de réduire les émissions.
Cela crée un lien important entre politique climatique et décisions d’investissement. À mesure que la finance durable se développe, les projets capables de démontrer une performance environnementale mesurable pourraient être mieux positionnés pour accéder à des financements alignés sur les objectifs climatiques de la Thaïlande.
Pour les promoteurs et propriétaires d’actifs, l’enjeu n’est donc pas uniquement de se préparer aux futures exigences, mais également de positionner les projets afin de pouvoir accéder aux nouveaux financements liés au climat et de démontrer une performance environnementale mesurable.
L’intégration précoce des critères de performance climatique peut aider les projets à identifier les priorités d’investissement, à évaluer les risques potentiels et à démontrer comment les dépenses d’investissement contribuent à des résultats environnementaux mesurables.
Ce que les promoteurs devraient faire dès maintenant
Même si de nombreux détails concernant la mise en œuvre continueront d’évoluer, la direction générale se précise. Les promoteurs, propriétaires d’actifs et investisseurs peuvent commencer dès aujourd’hui à intégrer davantage les enjeux climatiques dans les premières étapes du développement des projets.
Cela comprend notamment :
Réaliser des évaluations des risques climatiques en complément des études traditionnelles de due diligence du site.
Concevoir les bâtiments à partir de projections climatiques futures plutôt que sur la seule base des données météorologiques historiques.
Mesurer et communiquer les émissions opérationnelles de gaz à effet de serre et maintenir des données énergétiques et carbone fiables.
Définir des objectifs mesurables de décarbonation et de résilience climatique alignés sur les objectifs climatiques de la Thaïlande, accompagnés de plans de mise en œuvre clairs.
Privilégier les stratégies de conception passive permettant de réduire la demande énergétique.
Améliorer la résilience opérationnelle grâce à une gestion efficace de l’eau et de l’énergie.
Utiliser, lorsque cela est pertinent, des certifications reconnues de bâtiments durables afin de mesurer et de démontrer la performance des bâtiments.
Mobiliser des équipes pluridisciplinaires capables d’intégrer durabilité, résilience et ingénierie dans une stratégie de projet cohérente.
Au-delà de la conformité
La loi sur le changement climatique rassemble la gouvernance climatique, l’adaptation, la réduction des émissions et le financement climatique dans un même cadre national. Pour le secteur du bâtiment, comprendre comment ces quatre mécanismes se traduiront en exigences futures sera essentiel pour prendre de meilleures décisions dès aujourd’hui.
La priorité est désormais de mesurer la performance actuelle, d’évaluer les risques climatiques, de fixer des objectifs clairs de décarbonation et de résilience, et de préparer les bâtiments à un environnement réglementaire et financier de plus en plus influencé par les enjeux climatiques.














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