La construction durable est-elle encore optionnelle en Thaïlande ?
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Lors de TGRE26 : Building Resilience, l’une des questions les plus directes et débattues était simple :
Est-il encore raisonnable de considérer la construction durable comme optionnelle en Thaïlande aujourd’hui ?
La discussion a réuni des acteurs du développement, de la conception et du conseil, reflétant différentes étapes de la chaîne de valeur du bâtiment. Plutôt que de converger vers une position unique, les échanges ont mis en lumière les tensions sous-jacentes qui continuent de façonner l’intégration de la durabilité dans la pratique.
Un secteur en mouvement, mais de manière inégale
À travers TGRE26, un basculement clair s’est dessiné. Le secteur du bâtiment en Thaïlande ne débat plus de l’importance de la durabilité, mais de la vitesse à laquelle elle peut être déployée à grande échelle.
Des signaux réglementaires et financiers accélèrent cette transition :
La loi thaïlandaise sur le changement climatique introduit des obligations contraignantes en matière d’émissions
La taxonomie thaïlandaise influence l’accès aux financements verts
Les exigences des chaînes d’approvisionnement internationales commencent à impacter les projets locaux
Parallèlement, les risques liés à l’inaction deviennent de plus en plus concrets, allant des actifs échoués à l’exposition assurantielle et aux risques de non-conformité réglementaire.
Malgré ces évolutions, la construction durable n’est pas encore appliquée de manière systématique à l’ensemble des projets.
Là où le débat devient concret
La discussion s’est moins concentrée sur l’importance de la durabilité que sur la manière dont les décisions sont réellement prises.
Les participants ont analysé :
Le moment où la durabilité intervient dans le processus décisionnel
Les points où des arbitrages sont introduits
La manière dont les considérations financières influencent les résultats
Ces éléments révèlent que la durabilité est souvent déterminée bien avant les phases de conception ou de construction, intégrée dès les hypothèses d’investissement, les structures de coûts et le positionnement des projets.
Coûts, incitations et contraintes
L’une des tensions centrales concerne les coûts.
Les mesures de durabilité nécessitent souvent un investissement initial, soulevant la question de la répartition de ces coûts entre les parties prenantes. Dans de nombreux cas, la distribution des coûts et des bénéfices n’est pas alignée.
Cela est particulièrement visible dans le résidentiel, où les incitations divergentes entre promoteurs et acquéreurs peuvent freiner l’adoption. À l’inverse, les actifs tertiaires et industriels présentent souvent des retours financiers plus clairs, rendant la durabilité plus facile à justifier.
Si la sensibilisation progresse, la capacité et la volonté d’absorber des coûts supplémentaires restent inégales selon les segments de marché.
En conséquence, de nombreuses décisions continuent de suivre une logique financière, la durabilité étant évaluée au regard de la viabilité du projet et des rendements attendus.
De préoccupation environnementale à risque financier
Un des enseignements majeurs de TGRE26 est le lien croissant entre durabilité et performance financière.
Les bâtiments qui ne s’adaptent pas s’exposent de plus en plus à :
Un accès réduit aux financements verts
Des risques de non-conformité réglementaire
Une hausse des coûts d’assurance
Une potentielle dépréciation des actifs
À l’inverse, les actifs démontrant résilience et performance vérifiée sont mieux positionnés pour préserver leur valeur et répondre aux attentes des investisseurs.
Ce contexte remet en question la perception de la durabilité comme une simple considération environnementale. Elle est désormais étroitement liée à la performance des actifs dans le temps.
Le risque climatique influence déjà les décisions
Les facteurs climatiques ne sont plus abstraits.
Les inondations, le stress thermique et l’exposition côtière influencent déjà :
Le choix des sites
Les priorités de conception
Les coûts d’exploitation
L’assurabilité
Ces pressions affectent dès aujourd’hui les décisions, ajoutant une nouvelle dimension à l’évaluation de la durabilité dans les projets.
Ce que signifie réellement « optionnel »
Le débat a finalement mis en évidence une réalité plus nuancée.
La durabilité peut encore être perçue comme optionnelle dans certains contextes, notamment lorsque les exigences réglementaires sont limitées ou que les incitations financières restent floues.
Cependant, les conditions encadrant ce choix évoluent rapidement.
La question n’est plus seulement de savoir si la durabilité est requise, mais :
Dans quelles conditions elle devient incontournable
À quelle vitesse ces conditions évoluent
Quels acteurs sont en mesure d’agir en premier
Un secteur en transition
TGRE26 a réuni plus de 100 participants issus de l’ensemble de la chaîne de valeur du bâtiment, autour d’un objectif commun : anticiper et sécuriser l’avenir du secteur en Thaïlande.
Dans ce contexte, la question du caractère optionnel de la construction durable n’appelle pas de réponse unique.
Elle reflète plutôt un secteur en transition, où pressions réglementaires, mécanismes financiers et attentes du marché redéfinissent progressivement ce qui est considéré comme nécessaire, viable et compétitif.
À mesure que ces dynamiques convergent, la notion même d’« optionnel » est appelée à évoluer.














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