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Comment choisir vos fournisseurs afin de réduire le scope 3 ?



Les entreprises qui souhaitent déclarer leurs émissions réalisent un bilan carbone, afin de déterminer la quantité de gaz à effet de serre émise lors de la fabrication d’un produit, ou au cours de leurs activités sur une période donnée. Pour réaliser ce bilan, il est nécessaire de classer les émissions selon une nomenclature précise. Il s'agit des scopes 1, 2 et 3.

Dans ce cadre, les scopes désignent le périmètre au sein duquel sont étudiées les émissions de gaz à effet de serre de l’organisation ou du produit en question. Aujourd’hui nous nous intéresserons plus particulièrement au scope 3, le plus large et difficile à délimiter.



Focus sur le scope 3

Qu’est ce que le scope 3 ?

Contrairement au scope 1 & 2 , qui sont les émissions directement liées et contrôlés par l'organisation, le scope 3 est lui plus complexe à appréhender car il englobent un large éventail de sources indirectes telles que la production des matériaux de construction, le transport des fournisseurs, l'utilisation des produits par les clients et bien d’autres. En d'autres termes, le scope 3 concerne toutes les émissions liées à la chaîne d'approvisionnement et à l'utilisation des produits, de la conception à la fin de vie.


Les émissions de Scope 3 sont détaillées en une dizaine de catégories (tableau 1), qui à leur tour sont structurées en deux types : les émissions amont ou aval dans la chaîne de valeur, respectivement les émissions “Upstream” et “Downstream” :

  • Les émissions “Upstream” se réfèrent aux étapes initiales ou amont d’un processus ou d’une chaîne de valeur. Ces étapes sont souvent liées à la production, l’approvisionnement en matières premières et à la logistique initiale. Entre autres, cette catégorie inclut les émissions générées par les déplacements des employés pour des activités liées à l'entreprise. Par exemple, le trajet d'un employé pour se rendre au bureau serait classé dans ces émissions, puisque ce trajet est nécessaire pour produire les biens ou les services de l'entreprise.

  • Tandis que les émissions “Downstream” font référence aux étapes finales ou aval d’un processus. Ces étapes sont souvent liées à la distribution, la commercialisation et la livraison aux clients. Cela inclut les émissions créées par l'utilisation des services et des biens vendus. Par exemple, si votre entreprise fabrique des machines, les émissions résultant de l'utilisation de ces machines seraient considérées comme des émissions aval (downstream).

Voici les catégories prises en compte dans le Scope 3 :



Tableau 1



Pourquoi est-il important ?

Le scope 3 est stratégique dans un bilan carbone en plusieurs points :


1. Représente une part significative des émissions


Les émissions de Scope 3 constituent une part substantielle des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) des entreprises. Le Scope 3 représente près de 75%* des émissions de gaz à effet de serre d'une entreprise. D’après une étude menée par le Réseau Action Climat en 2016, « le scope 3 peut rapidement représenter 3 à 4 fois les émissions des scopes 1 et 2. »

Il est essentiel de le prendre en compte pour prétendre à une neutralité carbone, car négliger les émissions du Scope 3 peut entraîner de sous-estimer l'empreinte carbone réelle d'une entreprise.

*Selon le CDP (anciennement Carbon Disclosure Project)

2. Analyse des vulnérabilité


Il permet aux entreprises de mieux comprendre les points sensibles en termes d'émissions, tels que les produits à forte intensité de carbone. De plus, le scope met en lumière les parties de la chaîne de valeur qui sont plus vulnérables aux risques liés à la hausse des prix des ressources et à l'évolution de la réglementation, tels que les taxes sur le carbone et les normes d'efficacité plus strictes.

Il permet également d'évaluer la dépendance de l'entreprise aux énergies fossiles en prenant en compte des éléments tels que les déplacements de ses collaborateurs, clients ou visiteurs.

3. Transparence obligatoire

La divulgation des émissions de Scope 3 est devenue obligatoire dans de nombreuses juridictions. Par exemple, le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (TCFD) fait maintenant partie du cadre réglementaire de nombreuses juridictions, y compris l’Union européenne (UE). Désormais, Singapour, le Canada, le Japon et l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande ou encore le Royaume-Uni exigent la divulgation des risques climatiques conformément à la TCFD d’ici 2023 et 2025. Il a été déclaré que toutes les organisations devraient envisager de divulguer les émissions de GES du scope 3, en plus de celle obligatoire des émissions des scopes 1 et 2.


En France cette obligation vient d'être mise en place depuis le 1er janvier 2023, et concerne les entreprises de plus de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer), les établissements publics de plus de 250 agents ainsi que l'État et les collectivités locales de plus de 50 000 habitants. Ces entreprises, jusqu'alors soumises à la réalisation d'un bilan carbone réglementaire sur les scopes 1 et 2, devront, à compter de janvier 2023, intégrer la prise en compte du scope 3. Un enjeu majeur en matière de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre et d’actions de transition bas-carbone pour la France. Les sanctions financières ont été considérablement augmentées, passant de 1500 à 10 000 euros, puis à 20 000 euros en cas de récidive.

Comment choisir des fournisseurs à faible empreinte carbone pour réduire le scope 3

Étant donné que ces émissions découlent de la chaîne de valeur de l'entreprise et sont en moyenne plus de 11 fois supérieures aux émissions opérationnelles de l’entreprise, il faut donner une attention particulière aux fournisseurs. Ces derniers doivent avoir une faible empreinte carbone, mais aussi choisir des produits équivalents.


Le choix de fournisseurs à faible empreinte carbone se fait selon plusieurs points :

  1. Évaluation de la chaîne d'approvisionnement : La première étape consiste à évaluer attentivement la chaîne d'approvisionnement de l'entreprise afin d’identifier les principaux fournisseurs et les étapes critiques de votre processus de production.

  2. Analyse des émissions des fournisseurs : Demandez aux fournisseurs de divulguer leurs émissions de carbone. Il faut privilégier les fournisseurs qui s'engagent dans la réduction de leurs émissions de carbone, en prenant en compte tous les aspects allant de leur gestion des déchets à celle des ressources naturelles. Cherchez des entreprises portant des labels environnementaux, des certifications, ou d'autres normes de durabilité.

  3. Collaboration et innovation : Travailler en étroite collaboration avec les fournisseurs en usant d’une approche collaborative et transparente. Cela implique d'établir des canaux de communication clairs pour faciliter le partage d'informations


Comment choisir des produits à faible empreinte carbone

En plus du choix du fournisseur, le choix du produit en lui-même compte tout autant pour réduire les émissions du scope 3.

Le choix de produits à faible empreinte carbone se fait selon plusieurs critères :

  • Analyse du cycle de vie (ACV) : Évaluer l'empreinte carbone tout au long du cycle de vie du produit, de sa fabrication à son élimination, notamment à l'aide de labels et de normes. Pour cela, l’organisation internationale de normalisation a élaboré deux normes complémentaires : les principes et le cadre des analyses du cycle de vie sont décrits dans la norme ISO 14040, tandis que les exigences proprement dites sont énoncées dans la norme ISO 14044.

  • Recherche et labels environnementaux : Cherchez des produits portant des labels environnementaux ou des certifications, tels que l'écolabel, l'empreinte carbone vérifiée, ou d'autres normes de durabilité.

  • Utilisation efficace des ressources : Choisissez des produits conçus pour être durables et économes en ressources tels que des produits réutilisables, recyclables ou fabriqués à partir de matériaux recyclés.

  • Consommation locale : Favorisez les produits locaux lorsque cela est possible. Les produits importés ont souvent une empreinte carbone plus élevée en raison des distances de transport. Si ce n’est pas possible et que le produit nécessite une livraison, favoriser un transport responsable.

  • Engagement des entreprises : Privilégiez les entreprises engagées dans des pratiques durables et transparentes décrites comme précédemment.

Difficulté à l’appliquer

Les émissions scope 3 assez difficiles à gérer, car elles échappent au contrôle direct de l’organisation, mais restent tout de même sous sa responsabilité.

Malgré ses avantages et son importance décrite précédemment (cf. partie I), des défis persistent lors de sa mise en œuvre :


  • Manque de données fiables, précises et spécifiques :

La réalisation d'un bilan d'émissions de gaz à effet de serre du scope 3 exige de recueillir des informations au-delà des frontières de l'entreprise. Ces données proviennent des fournisseurs, des clients et d'autres parties prenantes impliquées dans le cycle de vie des biens. Chose parfois compliquée pour certains produits avec une longue et complexe chaîne de valeur.

Etant donné que le Scope 3 implique la manipulation d’une quantité importante de données hors de leurs contrôles, les entreprises ont souvent du mal à collecter des chiffres précis. Ce qui entraîne l’adoption de données secondaires, qui peuvent provenir des moyennes de l’industrie par exemple. Le fait de se fier aux moyennes au lieu des réels facteurs d’émission spécifiques au fournisseur et à son l’emplacement signifie que les estimations des émissions réelles pourraient être inexactes.

  • Manque de ressources et de méthodologie : Calculer les émissions de la chaîne de valeur exige des compétences techniques en mesure du carbone, des ressources humaines et financières. Pour de nombreuses petites et moyennes entreprises, cela représente un défi en termes de coûts et de disponibilité de personnel qualifié.

De plus, il n'existe pas encore de méthodologie standardisée clairement définie pour calculer les émissions de la chaîne de valeur.

*Tableau 1

Conclusion

Malgré les quelques difficultés liées à sa comptabilité, la gestion du scope 3 des émissions de carbone est essentielle pour les entreprises qui souhaitent réduire leur impact environnemental. En collaborant avec des fournisseurs à faible empreinte carbone et en choisissant des produits respectueux de l'environnement, les entreprises peuvent non seulement réduire leurs émissions, mais aussi développer leur compétitivité sur le marché et leur réputation.



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